Quel VTT choisir ? 3 questions à se poser

Du pilotage, des environnements naturels magnifiques, des sensations fortes… Cela fait des mois que je regarde des vidéos de VTT sur le web et ça me plait ! Pourquoi je n’essaierais pas ? Ok, il me faut un vélo d’abord…

Je commence à regarder sur les boutiques en ligne et en magasin. Résultat : de nombreuses marques différentes, des pratiques variées dont je ne comprends pas les distinctions, des prix qui s’échelonnent de 1000€ à 10 000€ etc etc… Je suis noyé dans cette avalanche d’information.

Mon objectif est donc de vous faire gagner un maximum de temps dans votre choix, et surtout, que ce choix soit le bon. Pour cela, 3 questions élémentaires à se poser, et dans le bon ordre : quelle pratique ? / quelles ambitions ? / quel budget ? 

Quelle pratique ?

Pour faire simple, à une pratique correspond un débattement des suspensions du VTT :

Cross-country (XC)All-MountainTrail / EnduroFreeride / DH
100-120 mm130-140 mm150 – 170 mm180-200 mm

Notons qu’il existe des exceptions à ces catégories. Vous trouverez certainement des modèles de VTT Trail en 140 mm par exemple. Mais pour la grande majorité des marques, ce tableau se vérifie. Maintenant que l’on a identifié les différentes pratiques, concrètement ça correspond à quoi ? Chaque catégorie répond à un compromis entre l’efficacité pour monter et descendre :

MonterDescendreExemple-Type
Cross-country / XC + + + + +Scott Spark
All-Mountain + + + + +Specialized Stumpjumper
Trail / Enduro + + + + +Commencal méta am
Freeride / DH + + + + +Trek Session

 Notons que la dénomination des pratiques à tendance à évoluer chez les fabricants. Par exemple, on ne trouve plus l’appellation All-Mountain chez Canyon ou Specialized, qui est remplacée par Trail. Entendez donc par Trail, un vtt un peu plus efficace en montée qu’un Enduro, mais un peu moins efficace en descente. De plus, il peut y avoir beaucoup de porosité entre ces catégories avec certains modèles. Par exemple, j’ai eu un Canyon Torque avec 180 mm de débattement de fourche, on pouvait le considérer comme un gros enduro, un freeride ou bien un petit DH.

A vous maintenant de définir votre pratique, en bref :

  • Cross-country (XC) : être rapide au pédalage, avaler des kms sur de longues randonnées
  • All-Mountain : rester efficace au pédalage mais rechercher davantage le confort, la facilité et le plaisir en descente
  • Trail / Enduro : Je pédale parce que c’est le meilleur (et le seul) moyen de rejoindre le départ des descentes, je recherche le plaisir et l’efficacité sur des descentes engagées
  • Freeride / DH : Je n’aurai pas à pédaler car j’utiliserai les remontées mécaniques des stations, je recherche uniquement le plaisir et la vitesse sur des pistes engagées.

J’ajouterai enfin que les VTT enduros sont désormais très efficaces en descente et pour une pratique en Bike Park, avec en prime des capacités correctes au pédalage. Un VTT enduro moyen à haut de gamme encaissera très bien les sauts, les gaps, les descentes cassantes avec des pierres ou des racines. Vous aurez tout de même un avantage si vous optez pour un DH sur les pistes les plus engagées : les rouges et les noires. Le DH sera plus stable, plus facile pour prendre de la vitesse, et pardonnera mieux les erreurs de trajectoires ou de réception sur les sauts. Mais en termes de capacité à franchir tous les obstacles, vous ne serez pas limités par la machine.

Quelles ambitions ?

Question importante à se poser, cela va vous permettre de définir quel niveau de gamme vous sera adapté en termes de solidité du matériel et d’efficacité.

Etant donné que vous lisez cet article, je vais partir du postulat que vous êtes débutant. Vous serez donc à priori limités par votre technique lors de vos premières sorties. Dans ce cas précis, effectivement un vélo bas de gamme conviendrait. Mais vous n’allez pas stagner à ce niveau de découverte. C’est pourquoi il vous faut anticiper et considérer le plus haut niveau que vous atteindrez avec ce vélo, pour ne pas qu’il limite votre progression. Mais comment anticiper ma progression ? plusieurs facteurs :

  • Ma forme physique : si vous êtes jeune et sportif, c’est-à-dire avec une bonne base musculaire et un cardio correct, votre progression sera facilitée. Et inversement.
  • Vos compétences transversales : vous faites de la moto ? vous aurez des compétences de pilotage valable à transposer. Vous faites de la lutte ou du judo ? avec des bras et un haut du corps béton, vous ne fatiguerai pas dans les descentes, etc… 
  • La fréquence d’entrainement : avec une sortie de 2h / semaine vous progresserez, en dessous ce sera très long. Avec 2 à 3 sorties par semaine, votre progression sera très rapide.

Quelle gamme me faut-il donc ? Pour faire simple, on peut diviser en 3 niveaux :

  • Bas de gamme : ce vélo conviendra à une utilisation peu soutenue. Au-delà, le matériel commencera à s’user très vite, voire à casser sur un choc un peu fort (mauvaise réception d’un saut, descente sur sentier très cassant etc…). Les suspensions, trop molles, montreront leurs limites dès que vous mettrez de la vitesse (talonnage sur les chocs et freinages) et vous obligeront à compenser avec vos muscles (fatigue plus rapide). 
  • Moyen de gamme : vous n’aurez pas le vélo le plus rapide mais vous aurez du matériel solide qui résistera bien à de fortes contraintes, vous ne vous limiterez donc plus par peur de casser le vélo. Le suspensions, à la fois plus fermes et confortables, travailleront à votre place pour vous permettre d’allez plus vite.
  • Haut de gamme : Vous gagnerez encore en solidité avec un gain supplémentaire en efficacité, souvent avec des pièces plus légères et plus pointues (plus de réglages des suspensions, plus de mordant sur les freins, des pièces en carbones etc…). Les suspensions seront dotées de tous les réglages qu’il vous faut pour les adaptés à votre style de pilotage : confort et fermeté optimisée = efficacité.

Comment reconnaitre la gamme ?

Difficile lorsqu’on ne connait pas les références des pièces. Si on voulait être exhaustif, il faudrait regarder dans le détail les principaux composants du vélo, à savoir : le cadre, les suspensions, les roues, le groupe (la transmission pour le passage de vitesse et les freins). Mais c’est une tâche longue… Je vous conseille de le faire qu’une fois que vous aurez à départager une short-list de vélo.

Pour gagner du temps, on pourrait se dire qu’il suffit de regarder le prix du vélo neuf. Effectivement c’est une indication mais c’est insuffisant car on retrouve des équipements similaires montés sur des VTT avec des écarts de prix élevés selon les marques. Pour gagner du temps lorsque je compare des VTT, je pars du principe que les vélos sont équipés avec cohérence. Les marques renommées ne montent pas des suspensions haut de gamme avec des roues ou bien un groupe bas de gamme. Je me fie alors à un seul indicateur fondamental dans la performance du vélo.

Ainsi, pour toutes les pratiques où la performance est recherchée en descente (du trail au DH) : Je me fie aux suspensions (avant et arrières). Seulement deux marques équipent la grande majorité des VTT : ROCKSHOX et FOX.  Et leur niveau de gamme grimpe avec les réglages supplémentaires :

 basmoyenhaut
Réglage SAG (précontrainte)xxx
Réglage rebondxxx
Réglage compression basse-vitesse xx
Réglage compression haute-vitesse  x

Et à l’opposé, si je recherche la performance avant tout en montée, je vais regarder :

  • Le matériau du cadre : si c’est du carbone, on sera sur du moyen/haut de gamme, sinon c’est alu
  • Pour le pédalier / cintre / roues : le carbone est appliqué uniquement sur du haut de gamme
  • Les références du groupe : regarder la gamme correspondante sur les sites SRAM et SHIMANO, qui équipent tous les VTT.

Un dernier mot sur la cadre, pièce maitresse du vélo, c’est ce qui définit la marque, le choix des pièces assemblées est pensé autour de ça. En général, on associe grossièrement les bas de gamme à l’aluminium et les hauts de gamme au carbone. Le carbone réduit le poids et augmente la rigidité, ce qui apporte une efficacité incontestable lorsqu’il s’agit de grimper. Par contre, en descente, certaines marques (minoritaires, exemple : Commencal) utilisent l’aluminium sur toute leur gamme par choix délibéré de performance. Elles font le pari que la souplesse du cadre est un avantage et non un inconvénient, malgré le poids supplémentaire (très marginal). Pour moi qui ne suis pas un grand pilote, la différence sur le vélo n’est pas évidente pour les pratiques orientées vers la descente, surtout au regard du coût supplémentaire pour un cadre en carbone.

Quel budget ?

J’ai désormais choisi quel sera ma pratique. Je suis déjà un peu sportif et pas encore trop vieux. Avec une à deux sorties par semaine selon les saisons et la météo, je devrais pouvoir atteindre un niveau correct en moins d’un an. Un niveau qui permet au moins de prendre un peu de vitesse en descente, passer des obstacles (racines, petits drops naturels, sauts) et prendre du plaisir.

  • 1er cas : je n’ai pas de limite de budget 5 500 € et plus

Est-ce que c’est tout de même utile d’acheter un vélo neuf haut de gamme pour démarrer ?

Ce n’est pas indispensable mais c’est utile. Cela facilitera grandement votre progression et à niveau égal vous roulerez plus vite. Dans ce rare cas, je n’ai qu’à foncer acheter neuf le même vélo que le rider pro qui m’a donné envie de pratiquer.

Vous pourrez ainsi taper dans les marques un peu « exclusive » telles que : SANTACRUZ, PIVOT, SPECIALIZED, ROCKY MOUTAIN, TREK ou YETI. Ces marques se positionnent avec des prix élevés compte tenu des pièces assemblées. La valeur ajoutée de ces VTT est alors :

  • L’image de marque : forte expérience avec l’ancienneté, de la renommée, du sponsoring
  • La rareté : du fait de son prix
  • Le savoir-faire : une valeur sûre en termes de performance, une ingénierie de qualité pour réaliser un vélo qui fonctionne bien avec ses composants
  • 2e cas : Mon budget est limité entre 3 000 € et 5 000 €

Ce budget vous permet d’avoir un vélo neuf avec des équipements haut de gamme si vous optez pour un cadre en alu. Vous pouvez également avoir un cadre carbone mais les pièces montées seront de moins bonnes qualités (suspensions, roues, freins…). Dans tous les cas, vous partirez avec un excellent vélo en tant que novice, il vous occupera un bon moment avant que vous ne l’exploitiez à fond.

Pour un vélo neuf dans cette tranche de prix, tournez-vous plutôt vers des marques à prix compétitifs : CANYON, YT, COMMENCAL et LAPIERRE.

Avec ces marques, c’est l’assurance d’avoir un montage de qualité à bon prix. Vous aurez également un vélo testé et approuvé par de nombreux vététistes, qu’ils s’agissent de pilote pro ou d’amateur.

Enfin, vous avez également la possibilité de vous tourner vers le marché de l’occasion. Vous y trouverez facilement des vélos en excellent état de fonctionnement. Vous aurez alors accès à du haut de gamme avec au maximum une génération d’écart par rapport au neuf.

Une génération correspond à un saut technologique. Le meilleur exemple est la taille des roues. Initialement en 26’’ sur les VTT, elles sont progressivement passées à 27,5’’ puis 29’’ aujourd’hui en l’affaire de 7-8 ans. En conséquence, les ingénieurs ont ensuite adapté le cadre et les suspensions. Globalement, une génération dure 3-4 ans. Donc si vous cherchez bien sur le marché de l’occasion, vous pouvez trouver un vélo d’1 an ou 2 de même génération que les vélos neufs et avec au minimum -20% de décote. Ou bien un vélo qui a 3 ans et une génération de moins avec -50% de décote. Je vous conseille de prendre au minium un VTT en 27.5’’. Sauf VTT destinés aux enfants, il n’y a plus de production en 26’’. C’est pourquoi vous aurez du mal à trouver des pièces de rechanges en cas de casse. De plus, la différence en termes de performance est vraiment énorme avec les vélos d’aujourd’hui.

Je rentre plus en détail sur ce qu’il vous faut viser sur une bonne occase ici

  • 3e cas : mon budget est limité entre 1500€ et 3000€

A ce prix-là, je vous déconseille d’acheter un VTT neuf. Vous ne remarquerez rien au premier tour de pédales, mais dès que vous commencerez à descendre un peu fort, vous allez faire talonner les suspensions et user rapidement vos roues (voilage et pocs). De plus, vous n’aurez pas accès à un cadre carbone ni à une selle télescopique. Personnellement, j’ai acheté 2 vélos d’occasion dans cette tranche de prix.

Le 1er à 1500€ pour le cross-country : SPECIALIZED FSR EPIC COMP WC 2017. Tout suspendu en 100 mm, cadre carbone, selle télescopique et bonnes roues DT SWISS en 29’’. C’est un vélo qui se place entre le moyen et le haut de gamme. Après 2 ans et demi d’utilisation régulière (2 sorties par semaine), j’ai dépensé de l’argent uniquement pour de l’entretien classique que j’aurais également dû faire avec un vélo neuf : suspensions, roulements et plaquettes. C’est un vélo à 3700€ neuf soit -60% d’économie.

Aujourd’hui, je n’envisage toujours pas de le changer car il ne me limite pas dans ma progression. Et avec 4 ans d’ancienneté, il est toujours dans le coup. Le cross-country étant une discipline assez mature, les progrès techniques sont plus lents (contrairement à l’enduro).

Le 2e à 1800€ pour de l’enduro et du DH en bike park : CANYON TORQUE CF 8.0 2018. 3500€ neuf, 175 mm de débattement arrière et 180 à l’avant, cadre carbone, selle télescopique, roues DT SWISS solides en 27.5’’. Comme précédemment, il se plaçait entre le moyen et le haut de gamme avec les secondes meilleures suspensions ROCKSHOX. Le vélo a bien résisté à un été intense en bike park avec une participation à la Mountain Of Hell (je partage mon expérience ici). Et il m’a surtout permis de bien plus progresser qu’avec mon précédent vélo : un Mondraker Summum d’entrée de gamme à 3 000€ neuf. C’est notamment pourquoi je déconseille le bas de gamme, même pour un débutant.

  • 4e cas : j’ai un budget max de 1500€

Ça reste toujours possible de trouver un vélo dans ces prix. Sur du neuf, vous aurez accès à un semi-rigide (suspension avant uniquement) de gamme moyenne. Pour l’occasion, il faudra faire des concessions :

  • S’il est tout-suspendu et moyen de gamme : il sera alors dépassé (26’’) ou en état moyen
  • S’il est tout-suspendu mais pas dépassé : il sera alors bas de gamme
  • S’il n’est pas dépassé, en bon état et haut de gamme : il sera alors semi-rigide

En bref, vous pourrez avoir un bon vélo semi-rigide. Et c’est tout à fait possible d’être performant en semi-rigide. En cross-country, on y perd surtout du confort. Mais plus c’est descendant, pour de l’enduro ou du DH en bike park, plus c’est élitiste.

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